Véritable vigie de la cité phocéenne, la basilique Notre-Dame de la Garde est bien plus qu’un monument religieux : c’est le pouls de Marseille. Si sa silhouette byzantine est connue dans le monde entier, ses murs et sa colline cachent des anecdotes surprenantes. Voici 5 secrets pour briller lors de votre prochaine ascension sur « la Colline ».
1. Trois hommes, une usurpation et trois bâtiments emblématiques de Marseille

L’histoire de la Basilique est liée à un incroyable imbroglio. Tout commence en 1214 lorsqu’un prêtre prénommé Pierre construit un petit sanctuaire en l’honneur de la Vierge Marie. Il faut cependant attendre 1853 pour que ce lieu de culte soit agrandi et transformé en Basilique. L’architecte derrière ce projet ? Henri-Jacques Espérandieu, à qui l’on doit également la Cathédrale de la Major et le palais Longchamp.
Le paradoxe est de taille : bien qu’il ait conçu le monument le plus emblématique du catholicisme marseillais, Espérandieu était en réalité protestant. À cause de son jeune âge et de sa confession, la rumeur publique a longtemps attribué son chef-d’œuvre à son maître, Léon Vaudoyer. Il faudra de longues années pour que le talent de ce prodige nîmois soit officiellement reconnu et que son nom soit enfin gravé dans l’histoire du site.
2. Un fort militaire devenu prison royale

Très modeste chapelle en 1214, elle connut par la suite un destin beaucoup plus mouvementé. Au XVIe siècle, François Ier réalise que Marseille est vulnérable face aux menaces maritimes. Il ordonne alors la construction d’une forteresse sur la colline de La Garde. En son centre demeure la petite chapelle.
Sous la Révolution, le destin du lieu bascule. La petite chapelle médiévale est transformée en prison pour les membres de la famille Bourbon. Elle accueille notamment le duc d’Orléans et ses fils avant leur transfert vers les geôles du Fort Saint-Jean.
3. “C’est pour mieux te voir mon enfant”

Au sommet de la basilique Notre-Dame de la Garde trône fièrement depuis 1870 une statue de la Vierge à l’enfant. C’est elle que les marseillais surnomment affectueusement « la Bonne Mère ». La statue mesure 11,20 mètres de hauteur et pèse plus de 9000 kilos. Son sommet se trouve à près de 226 mètres d’altitude et a besoin d’être redorée avec 500 grammes d’or tous les quarts de siècle ! Un trentaine d’années en arrière, une anecdote insolite raconte qu’un escalier en colimaçon était dissimulé à l’intérieur même de la structure. Celui-ci aurait alors permis d’accéder à la tête de la Vierge et de voir à travers les yeux de la Bonne Mère.
4. Refuge des âmes et le sanctuaire des marins

La ferveur entourant la Bonne Mère s’est forgée dans les épreuves sanitaires de la ville. Elle fut le dernier rempart contre le désespoir lors des grandes épidémies, accueillant les prières des malades du choléra en 1884, puis ceux de la grippe espagnole.
Mais son lien le plus viscéral demeure avec le monde de la mer. En entrant dans la nef, il suffit de lever les yeux pour comprendre cette dévotion. Des dizaines de maquettes de bateaux et de tableaux, appelés ex-voto, sont suspendus comme autant de témoignages de gratitude. Chaque objet raconte l’histoire d’un marin miraculé ou d’une tempête affrontée sous la protection de la Vierge.
Le funiculaire perdu : l’ascenseur vers le ciel

Avant que les bus et les voitures ne s’emparent de la colline, les Marseillais grimpaient à bord d’un funiculaire inauguré en 1892. Surnommé « l’ascenseur », ce prodige technique partait de la rue du Dragon pour déposer les visiteurs directement sur la terrasse de la basilique. Victime de la modernité et de l’essor de l’automobile, il a effectué son dernier voyage en 1967. Aujourd’hui, il ne reste que quelques vestiges métalliques de cette structure. Mais le souvenir de ce voyage vertical reste gravé dans la mémoire collective des anciens quartiers.